Nobody

Sommes-nous si idiot ?

Depuis que je suis franc-maçon, je me suis pris de passion pour l’étude du complotisme. De découvrir que je faisais partie des Seigneurs du monde m’a fasciné. Bon en y creusant d’un peu plus près et mon compte en banque s’obstinant à rester en dessous du milliard d’euros, j’ai fini par admettre que je n’étais qu’un mouton parmi tant d’autre, une marionnette dirigée en secret par les Maîtres Invisibles.

Mais j’ai pas mal lu sur le sujet et écouté moults émissions tentant d’expliquer le complotisme, d’en mettre à jour les mécanismes et d’expliquer sa propagation. Bien évidemment internet est souvent cité comme nouvelle caisse de résonance d’un phénomène plutôt ancien sauf que là où l’opinion de Dédé du café du commerce allait rarement au-delà des murs dudit café, internet donne à Dédé une audience que ne lui aurait pas enviés certains prophètes de l’antiquité.

Sont particulièrement cités les moteurs de recherche et Facebook, notamment via leur fameux algorithmes qui analysent nos utilisations et nous donnent des résultats qui nous conviennent et qui sont conformes aux idées que nous sommes censé-es avoir. Si je fais 5 recherches sur des chaussures Google va me balancer des pubs sur les chaussures et orienter mes recherches vers les chaussures. Google traitant les idées politiques et philosophiques au même niveau que les chaussures, il en va de même pour nos pensées philosophiques et politiques.

Un certain nombre de penseurs, philosophes, sociologues, psychologues, psychiatres, politologues et autres professionnel-les de la pensées se penchent désormais sur nos pensées pour s’assurer qu’elles ne soient pas envahies par le complotisme. La notion de biais de confirmation, c’est à dire la capacité de notre cerveau à choisir prioritairement des idées qui vont conforter nos opinions déjà établies, est régulièrement citée et à longueur d’antennes, ces messieurs-dames fortes avisées nous rappellent combien notre cerveau est un feignant et combien il est important de se nourrir d’idées opposées aux nôtres pour ne pas nous enfermer dans des préjugés.

Et l’opinion dans tout ça ?
Et bien je vous avoue que ça commence à me chauffer un peu les neurones tout ça. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. Le première c’est le ton sur lequel ces thuriféraires de la diversité nous balancent ça: un peu hautain, genre « vous la masse grouillante », ensuite je trouve que souvent que ce discours émane de gens qui pensent la réalité comme un grand marché ou une économie et que malgré certaines de mes options philosophiques je pense qu’il y a autre chose que cela. Notre cerveau est présenté comme étant une espèce d’adolescent victime de MacDonald, attiré par le sucre, le sel et la facilité. Et pour finir il y a une sorte de condamnation morale, si on a une idée c’est mal, il faut aller chercher du côté de son opinion contraire.

Et le droit à l’opinion dans tout ça ? Je veux dire sommes-nous si idiot-es ? Plutôt marqué à gauche, je ne lis pas le Figaro ou les Echos. Parce que je suis un crétin de gauchiste qui refuse de voir ses idées remises en cause ? Pas vraiment, c’est surtout que c’est chiant et que je m’emmerde profondément à lire qu’il faut sauver l’économie, virer des fonctionnaires feignant-es, que la réforme de l’orthographe va tuer la langue française, que les mesures contre les bagnoles sont liberticides, que Macron innove en tout, que les étrangers nous envahissent et que le mariage pour tous signe la fin de l’humanité, à longueur de pages. Que les analyses savantes destinées à me convaincre de crever le plus vite possible pour que l’économie se porte mieux, à la lecture de la première phrase je sais ce que je vais trouver en fin d’article.
Mais à l’inverse je sais également que lorsque des journaux de gauche m’informent de la fin imminente du capitalisme, que tout les flics sont des porcs à égorger, que tous les patrons sont des salopards sans foi ni loi ou que tout les syndicats sont bons et justes, je sais aussi reconnaître des carabistouilles.

Notre cerveau est peut être feignant mais je pense que nous conservons aussi une forme de capacité à reconnaître lorsqu’une information est juste ou non. Le vrai réflexe, celui qui est salvateur n’est peut être pas de considérer que notre cerveau soit feignant mais que c’est un organe qui est doit être maintenue en activité en permanence et qu’il est nécessaire de nous interroger sur notre appétence pour les informations à forte valeur émotionnelles mais également n’est il pas envisageable que la société entière lui permette de travailler plutôt que d’en flatter ses bas instincts, c’est à dire de supprimer la publicité, de virer les politiciens qui parlent à notre instance reptilienne et d’arrêter de valoriser le mensonge et les raccourcis faciles.

Pas simple non ? Et bien voilà, nous avons de quoi faire travailler notre cerveau pendant pas mal d’années.
Qu’est ce qu’on va devenir intelligent ! ! !

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