Patsch

Le petit chat est mort !

– Tu te rappelles quand on l’a adoptée ?
– Oh, oui ! C’était une petite boule de coton toute blanche, avec quand même déjà quelques petites griffes, qu’elle a toujours eu du mal à rentrer…
– C’est pour ça qu’on l’a appelée Hermine, on ne savait pas qu’en devenant adulte elle allait devenir toute grise, sauf le museau !
– Elle courait après sa queue et faisait plein de bêtises trop drôles !
– C’était il y a plus de quinze ans, nos enfants ont grandi avec elle.
En fait, elle les aura bien aidé à se construire émotionnellement, ce qu’on aurait sûrement eu du mal à faire aussi bien.
– Ça a été dure de l’emmener une dernière fois chez le vétérinaire.
– Oui, c’est dur. Mais une quinzaine de tumeurs sur le ventre, à cause de la pilule pour chats, parait-il…
– C’est dur, mais il fallait le faire, les souffrances étaient devenues trop lourdes, on ne pouvait même plus la caresser, elle qui ronronnait dès qu’on la touchait !
– Mais c’est quand même une décision difficile à prendre, on se sent coupable.
– Elle n’a pas souffert, elle est partie tranquillement, attendre aurait été pire.
– Finalement les animaux ont peut-être plus de chance que nous. Dans certains cas, comme disent certains philosophes, il faut savoir quitter une pièce qui devient trop enfumée.
– J’espère que j’en aurais le courage pour ce qui me concerne.
– Le courage, et aussi la lucidité, on ne se rend pas toujours compte de notre propre diminution.
– Ma mère ne me reconnaît pas, ne sait plus mon prénom, me confond avec sa propre mère…
– Heureusement, elle est bien traitée dans cette institution, on a de la chance,
– Plus rien ne l’intéresse, elle ne comprend plus le monde qui l’entoure, elle attend…
– Elle n’a jamais été croyante, elle n’attend rien. Ni pour maintenant, ni pour après…- Juste que ça se termine
– Mais contrairement à Hermine, on ne peut rien faire, et heureusement. Je ne pourrais pas prendre une décision pareille.
– Elle n’a d’ailleurs jamais rien exprimé dans ce sens quand elle était encore lucide.
– Ce sont des sujets qu’on n’abordait pas, question d’éducation
– Même si elle est bien traitée, c’est une fin de vie plutôt triste, sans aucun intérêt.
– Il lui reste les petits plaisirs de base : un petit gâteau, un chocolat, c’est quasiment tout.
– C’est peu pour remplir les quelques jours de vie qu’il lui reste.
– Oui, on a besoin de construire quelque chose, d’avoir des passions, des buts, sinon la vie n’a pas de sens.
– Il paraît que les chats ont sept vies, tu crois qu’Hermine reviendra sous la forme d’un nouveau petit chaton ?
– Peut-être, sait-on jamais ? Mais même si c’est le cas, en quoi pourrait-on la reconnaître ?
– En rien. Un nouveau petit chaton, une nouvelle vie. Et s’il y en avait de précédentes, elles sont définitivement effacées.
– Du coup, qu’on ait plusieurs vies ou une seule, ça ne change pas grand chose.
– Si c’est pareil pour nous, ça vaut sûrement mieux. On efface tout et on recommence.
– Déjà, même dans une seule vie, on oublie tellement de choses. Je ne me reconnais pas dans ces anciennes photos où j’étais enfant.
– Tout est tellement changeant, je préfère garder le souvenir de cette ancienne personne qu’était ma mère plutôt que celle qu’elle est devenue. Une partie de ce qu’elle était a disparu et n’a pas été remplacée.
– Finalement la mort, c’est parfois très progressif, un processus lent, mais tant que ça s’accompagne d’une part de renaissance, alors la vie est gagnante.

– Et si on adoptait un nouveau petit chaton ?

Patsch

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