Altec

20 ans en mai 68

Dans quelques jours le muguet, la fête du travail et le 50 éme anniversaire de Mai 68.

Mai 1968 ! Vous l’avez vécu ? Vous n’étiez pas né ? Une vielle histoire ? Ou comme a dit Mr BLLADUR : « Beaucoup de bruit pour si peu de résultat » ???
Après avoir un hésité je me permets de vous décrire comment j’ai vécu ce moment un peu particulier.

J’avais un peu plus de 20 ans .

J’ai reçu l’avis d’incorporation pour accomplir le service militaire. Le 1er Mai 1968 je dois rejoindre le 1er Régiment du Train à Montlhéry.
Quelques mois plus tôt j’avais arrêté mes études et de fait le sursis était résilié.
Pour « monter » à Paris le train met 6 ou 7 heures (loco à vapeur et diesel à la suite)
J’ai oublié le nom de la gare ou attendent des camions militaires pour aller jusqu’à Montlhéry.
Je vous fais grâce de l’accueil. Les jours suivants = coiffeur + vaccins + information/instruction par un soldat qui crie beaucoup; je vous passe le logement, l’habillement et la cantine. :(

Bref je suis fin prêt pour le programme annoncé…j’ai 20 ans et 8 mois, j’ai quitté ma famille, mes amis, ma province et je suis au milieu des bois. C’est parti pour 16 mois .
Mais, Mai..Mai ..PARIS …Mai …Mai …MAI ..PARIS. (Les informations sont rares, tout juste savons nous qu’il y a des grèves à Paris)
Plus tard les camions sont de retours, ils apportent des parachutistes et des légionnaires…des soldats, des vrais. Ils sont bronzés, leurs bérets sont tous petits et ils n’ont pas l’air commode. Comme info on entend que De Gaulle encercle Paris avec l’armée de métier.
Pour nous = pourquoi ? Réponse = « ta gueule » c’est pas ton problème ! Ok alors on continu comme si on ne les avait pas vu….pas facile, ils sont nombreux, ils font du bruit, ils sautent par les fenêtres pour l’appel (plusieurs étages) .Ils sont assez nerveux. En fait c’est l’impatience d’aller au « baston ».
Je passe….. quelques jours……. pour éviter les longueurs.

Un matin, tôt, rassemblement, appel, instruction de faire le paquetage.
Une heure plus tard revoilà les camions et on embarque. Destination : Paris quartier Dupleix (?)Là se trouve la caserne du 1er régiment du Train (elle n’existe plus, je crois). J’y séjourne quelques jours.
Retour des camions, direction Vincennes au petit jour et je crois qu’ils ont contourné la ville, donc rien vu. Encore des bâtiments , des hangars et des camions poubelles. Vous avez compris ! Les éboueurs sont en grève …on les remplace par les « bidasses » du contingent.
Pendant des jours nous suivions ces camions pour ramasser les ordures. Je vous passe l’odeur et la quantité car rien n’était ramassé depuis un moment. Des montagnes d’ordures partout. Les Halles qui ne partiront que l’année suivante sont transformées en décharge …les rats sont partout, on en voit rue de Rivoli qui courent sur les trottoirs.

Bien sur on nous écarte des quartiers chauds, on ne voit rien mais on écoute la radio.

Nous ramassons les poubelles des particuliers et surtout des commerces spécialisés (boucherie par exemple) les poubelles sont là depuis longtemps …l’odeur de ses poubelles, qui sont chaudes au fond, c’est épouvantable. Les civils sont sympas nous récoltons un peu d’argent et surtout de la nourriture.
Les étudiants et les ouvriers sont  » en ébullition » et moi…je passe mon CAP d’éboueur !
Plus de tabac dans Paris ! L’occasion de revendre nos Gauloises « troupes » données par l’armée…2 ou 3 cigarettes pour le prix d’un paquet. C’est bien pour les non fumeurs et il nous reste les timbres et le cirage.

Les camions poubelles sont vidés sur un boulevard, poussés par des bulldozers et brulés sur place…encore l’odeur.
Le soir retour à Vincennes, c’est un peu « camping sauvage ». Le jus des poubelles a souillé les treillis mais plus de rechange, en séchant ils sont raides et tiennent debout. Pour l’odeur on arrose le tout avec le l’eau de Cologne récupérée en litre pendant la collecte. Pas assez de douche.
Changement d’affectation, je passe des poubelles au dépannage avec le Génie et ses dépanneuses.
La c’est le cœur de l’action pour évacuer des véhicules dans qq quartiers chauds.
C’est à ce moment que j’ai compris et que j’ai eu peur, c’était la guerre…explosions, fumée etc. …vous avez tous vu ces images des rues de Paris en colère.
Dans ces moments je n’ai eu que des soucis, vers la Sorbonne des étudiants nous insultaient nous crachaient dessus .On leur avait dit que De Gaulle allait envoyer l’armée et nous étions là !

Pauvre bidasses mal fagotés, apeurés et puant avec les S/officiers qui gueulaient derrière…une belle armée !

Bref, j’en ai « chopé » un (étudiant) pour lui expliquer un peu vivement, que quelques mois plus tôt j’étais à la fac et que pas de pot j’étais en train de faire mon service militaire…pas sur qu’il ait compris mais il a eu peur et en plus je sentais vraiment très mauvais.
Plus tard dans une autre activité je suis passé devant la Gare d’Austerlitz et là ce sont des ouvriers qui nous lançaient des boulons pour les mêmes raisons : De Gaulle envoyait l’armée…à mourir de rire si vous aviez vu l’armée en question.
Nouvelle affectation après avoir pu prendre qq douches avec beaucoup de savon.

Transport des civils avec des camions militaires (bus en grève, en fait tout est en grève).
Un chauffeur, un camion SIMCA je crois, dont le moteur émettait comme un sifflement et deux assistants pour aider les civils à monter dans le camion. Nous suivions une ligne de bus (le mieux possible). Ces camions étaient assez hauts avec seulement un petit marche pied pour grimper, alors, c’est sur qu’i il fallait de l’aide pour tous et principalement pour les personnes âgées mais pas seulement. Les jeunes filles et jeunes femmes étaient assez souvent en mini jupes ! Super pour monter dans le camion. Alors ce fut un plaisir sans partage de les aider à monter. J’espère qu’elles s’en souviennent et qu’elles en rient encore, vraiment ce n’étaient pas triste et finalement je garde un bon souvenir de cette étrange période de ma vie.
Je n’ai plus les dates à mettre face aux événements mais je reste dans la chronologie de ma mémoire qui commence à dater.
Le temps passe « les événements continus » mais nous sommes coincés dans nos casernes avec relativement peu d’information.
Fini les corvées pour moi ! Déménagement à l’Ecole Militaire sur le Champs de Mars. Bien logé, bien nourri (c’est la Marine qui est aux cuisines). A part ranger la « piaule » cirer le parquet etc.
…nous ne faisons rien sauf à aller voir des officiers de cavalerie qui galopent dans le parc.

En fait nous sommes en attente d’affectation définitive pour le temps de notre service obligatoire de 16 mois en tout.
Après quelques jours je repars pour la destination suivante. Je quitte mon adresse « prestigieuse » pour une autre, tout prêt et tout aussi prestigieuse : Les Invalides, Avenue de Tourville. Les bâtiments de cette époque ont été démolis et remplacé par des jardins.
Là est le siège de la Sécurité Militaire ou je rejoins le « pool » des chauffeurs d’autorités.
La suite est banale, anecdotique , discrète, pas ordinaire …mais c’est une autre histoire et des bons souvenirs.

 

Altec

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